DEMARCHE / TEXTES

L’usage actuel du portrait photographique et vidéo est le socle de ma recherche. Instaurer un contact et faire naître une relation de confiance au travers de dispositifs constituent l’approche fondamentale de ma pratique. Afin de déceler les composants d’une personnalité, je favorise la naissance de mimiques qui fondent nos expressions. En m’intéressant à chacun d’entre nous, je cherche à capter les différents aspects d’une communication non verbale, révélatrice de notre rapport à l’autre.

Mes pièces naissent donc de mes interactions avec les personnes qui m’entourent, que je rencontre principalement en pratiquant le porte-à-porte et je les filme chez eux, bien souvent dans l’instant qui suit. Avec ce procédé, je teste des principes de distance et de proximité, dans le but de capter les instants de décrochement où les personnes vacillent entre le contrôle et le lâcher-prise de l’image sociale qu’ils se construisent.

À partir de cette matière, je mets en place des échanges de regards à travers des face-à-face avec le spectateur. En assemblant cette collection d’individualités, je les confronte les uns aux autres et souligne ce qui les différencie et ce qui les lie de façon universelle.

Amélie Berrodier – 2020

AB_Portfolio

 

Dilater le temps avec Amélie Berrodier

Vidéaste, photographe mais aussi plasticienne, Amélie Berrodier est une artiste traitant de l’humain et son rapport à l’image. Plusieurs raisons nous poussent à aller voir ses créations, dont sa contribution à rendre l’art contemporain plus vivant, plus sincère. C’est d’ailleurs une de ses volontés, redonner vie à un style d’abord attribué à la peinture : le portrait.

Les visites chez les grands-parents, les repas, les photos de famille ou encore les rapports entre voisins sont des sujets de prédilection au sein de son travail. Chacun de nous peut ainsi s’identifier aux scènes proposées, au travers d’images du quotidien. L’artiste nous donne l’occasion d’observer nos similitudes, nos habitudes, tout ce qui nous rapproche ou fait notre spécificité. Si nos particularités humaines, culturelles et sociologiques nous dépassent parfois, les créations d’Amélie Berrodier existent pour nous les rappeler. Car la perception que l’on a des autres et de soi-même n’est pas nécessairement juste. La manière dont procède l’artiste nous permet de la renouveler.

La plupart du temps, tout part d’une rencontre que l’artiste provoque, parfois même aléatoirement. Munie de sa caméra, Amélie Berrodier se place alors en position d’acteur appartenant à une mise en scène composée de plusieurs entités : la personne qui filme (c’est-à-dire l’artiste), celle qui est filmée (le sujet), le spectateur visionnant la vidéo et enfin la caméra (le médium, considéré comme une personne à part entière). Tous ces éléments sont pensés dans la scénographie des expositions présentant son travail. Il est donc légitime de se demander si les individus présents dans les vidéos jouent un rôle, s’ils sont les acteurs de leur propre vie, tant le rendu final flirte avec le reportage vidéo. Bien qu’étant conscients d’être filmés, les modèles lâchent prise grâce aux mécanismes ingénieusement mis en place par l’artiste, cette dernière s’effaçant peu à peu derrière la caméra. La magie du direct opérant alors, ce sont nos expressions et actions naturelles qui ressortent à l’écran.

Empreinte de nostalgie, Amélie Berrodier mobilise des dispositifs historiques datant du début de la photographie. À la fin du XIXe siècle, le temps de pose pouvant durer jusqu’à plusieurs heures, les attitudes des modèles reflétaient une certaine raideur et lassitude. Détournant ce procédé, l’artiste nous invite à retourner dans le passé en revisitant ces prises de vues « classiques ».

Au premier regard, l’immobilité semble être le maître-mot de ses Portraits filmés. Mais avec plus de patience, nous remarquons que les images évoluent avec subtilité. Et c’est là toute la beauté de son propos : prendre le temps d’observer. Une ode à la lenteur et au temps qui passe, indispensable dans notre société sur-sollicitée par les images, où la pollution devient également visuelle. Les installations vidéo d’Amélie Berrodier soufflent alors un vent d’air frais en ralentissent le tempo, dans une actualité où une photo peut être obtenue instantanément et de manière immatérielle. Notre rapport au temps s’est considérablement comprimé ces trente dernières années, comme le signale le Dr Serge Marquis, spécialiste en santé communautaire. Il nous préconise de « ramener notre attention dans le présent », un judicieux conseil lorsque l’on se trouve face à une oeuvre d’art.


Résonnant avec notre actualité, Amélie Berrodier nous prescrit un remède artistique face aux maux de notre société : prenons le temps d’observer, de vivre, de partager ces moments simples et précieux de notre quotidien.

Lisa Maitrejean – 2020

Cheese!

Via le médium photographique, la vidéo et l’installation, Amélie Berrodier flirte avec l’image documentaire pour révéler des scènes de la vie quotidienne. Loin du mythe de l’artiste travaillant seul.e dans son atelier, elle provoque des rencontres lui permettant d’établir le point de départ de son processus créatif. Ses productions sont imprégnées de son rapport à l’Histoire de l’art et plus spécifiquement à celle de la photographie. Consciente de l’élargissement de la production d’images qu’offrent les avancées techniques, elle joue de l’ambiguïté de son appareil reflex. En effet, ce dernier lui permet à la fois de réaliser des photographies, mais aussi de filmer un individu sans qu’il n’en soit forcément averti. L’évolution du portrait la questionne et, pour son exposition au Centre d’art Madeleine-Lambert, Amélie Berrodier a souhaité travailler avec un public de scolaires autour de la thématique de la photo de classe. Cette exposition résulte d’une résidence sur le territoire vénissian d’octobre 2019 à février 2020 dans douze classes de quatre écoles (groupe scolaire Ernest Renan, école élémentaire Charles Perrault, école élémentaire Parilly, groupe scolaire Anatole France), ainsi qu’à la Maison de l’enfance Anatole France et au Centre social Roger Vaillant.

En amont de cette résidence, Amélie Berrodier a opéré un travail minutieux de recherches et d’investigations, tant sur le contexte de l’école en tant qu’institution, que sur l’utilisation et l’essor de la photographie. Les avancées techniques liées au médium photographique ont permis, entre autres, de réduire les temps de poses. Par conséquent, les clichés de natures mortes, de paysages ou d’architectures ont progressivement laissé place à de nouveaux contenus comme la photographie de portrait. Notons également que l’apparition de la photographie et de l’école que l’on connaît aujourd’hui interviennent tous deux au début du XIXe siècle. Comme l’explique Christine Charpentier-Boude, docteure en sciences de l’éducation, l’école et la photographie sont devenues des objets politiques et sociaux à la même époque. « Parallèlement à la participation de l’État à leur essor, elles furent le moyen de satisfaire, l’une, le désir d’instruction des individus, l’autre, le désir de représentation de ces derniers »1. Les photos de classe, jusqu’alors réservées aux élites, sont progressivement diffusées et démocratisées. Ces clichés ont permis de répondre à un besoin et un réel désir institutionnel de représentation. Ainsi, cette prise de vue comme portrait collectif, allait permettre l’émergence d’une mémoire collective. La photo de classe se vulgarise et se retrouve peu à peu dans les archives familiales. « Aujourd’hui, nous les retrouvons sur la télévision ou l’étagère du salon, un peu comme des ex-voto qui rendraient grâce au savoir et à l’institution formatrice et intégrative »2. Dès lors, on observe effectivement un glissement de la sphère publique vers la sphère privée.

Amélie Berrodier utilise la photographie et la vidéo pour capter certains instants intimes de notre quotidien. Lors de résidences ou lorsqu’elle provoque des rencontres en faisant du porte-à-porte, elle adapte systématiquement son dispositif prenant en considération le contexte et les personnes qu’elle approche. Elle cherche à nouer des liens et tente, dans certains cas, de faire oublier la présence de la caméra. Lorsque l’artiste réalise des courts-métrages, il lui arrive d’élaborer un scénario en vue de demander aux individus filmés de rejouer des scènes de leur vie quotidienne. Les résultats de cette pratique se trouvent dès lors à l’intersection du documentaire et du récit fictionnel. Dans toutes ses productions, Amélie Berrodier sonde notre façon de nous donner à voir. Elle souhaite ainsi révéler ces moments de contrôle que nous exerçons lorsque nous sommes photographiés. Pour sa résidence à Vénissieux, elle a souhaité explorer cette question avec un public qu’elle n’avait pas encore eu l’opportunité de photographier ni de filmer. Pendant cinq mois, elle a travaillé aux côtés d’enfants âgés de trois à douze ans, afin d’éventuellement percevoir un plus grand « lâcher-prise » lors de ses captations vidéo. L’artiste cherche en effet à mettre en exergue la spontanéité des enfants ayant, contrairement aux adultes, moins l’habitude de contrôler leur image.

La première étape est la rencontre avec les encadrants et les enfants, puis la présentation de son travail. Ensuite, les enfants sont sollicités afin de collecter une multitude de photos de classe provenant de membres de leurs familles. Ce corpus d’images permet aux enfants de trier, compiler et archiver ces clichés mais surtout de comprendre l’évolution du portrait du XIXe siècle à nos jours. Sept catégories de photographies sont ainsi définies : noir et blanc, individuelles, collectives, en salle de classe, déguisés, en intérieur ou en extérieur. Grâce à ce support visuel, Amélie Berrodier évoque avec les élèves, allant du CP au CM2, l’histoire du médium photographique, les différents types de poses ou encore les modes vestimentaires selon les images étudiées. Certaines notions de vocabulaire utilisées en photographie sont également abordées, comme le cadrage, le fond ou encore l’arrière-plan. Ces premières séances permettent à l’artiste d’échanger avec les enfants et de créer une solide relation avec eux avant de réaliser les premières prises de vue.

Pour la seconde étape de cette résidence, Amélie Berrodier propose aux scolaires d’imaginer et de définir les mises en scène qu’ils souhaitent réaliser, prenant comme références les différentes catégories identifiées lors de l’analyse du corpus d’images.

Lors de la troisième étape, les enfants prennent la pose lors de clichés individuels et collectifs. Le protocole et le dispositif que l’artiste établit pour ce projet est précis : pour chaque mise en scène elle positionne l’appareil photo reflex, définit un cadrage pour son plan fixe, règle la mise au point et installe un micro permettant de capter les sons ambiants. Le moment de la prise de vue semble favoriser une véritable exaltation collective qui va pouvoir s’exprimer au cours des mises en scène pourtant soumises à un contrôle instauré en amont. Amélie Berrodier commence systématiquement ses prises de vue par une photographie puis, sans informer les sujets, enclenche le mode vidéo de son appareil. L’artiste est physiquement absente dans ses vidéos, pourtant, sa présence est tout aussi prégnante. Effectivement, elle décide de très peu interagir avec les individus qu’elle filme afin de laisser une plus grande liberté de gestes et d’expressions. La captation, basée sur une mise en scène prédéfinie avec les enfants, procède progressivement d’un jeu de non-contrôle. Ces vidéos éclairent, lors du moment de la prise de vue, les intentions, les automatismes et montrent la manière dont le corps exprime une part non-verbale de la communication. Certaines mises en scène montrent notamment des situations où les affects et les mouvements sont difficiles à canaliser pour certains enfants. Cela mène à des moments de vie filmés où certains tentent de rester immobiles tandis que d’autres cherchent inlassablement l’interaction avec leurs camarades. En tant que spectateur, on observe alors les portraits d’individus mêlés à des dynamiques de groupes traduisant ainsi leurs relations intersubjectives.

Que le portrait soit individuel ou collectif, les personnes que l’artiste filme ne sont jamais seules lors des captations. Force est de constater que, très rapidement, les enfants commencent à décrocher et oublient petit à petit qu’ils sont face à un appareil photo reflex. Ces prises de vue latentes créent bien souvent des situations étranges. Dans ces portraits filmés, certains visages se décomposent et les regards sont de moins en moins dirigés vers l’objectif. À maintes reprises, on comprend que les individus se laissent accaparer par leurs pensées, allant parfois jusqu’à nous faire partager des scènes intimes de jeux d’enfants. Dans la pensée psychanalytique de Freud, « L’Unheimlich [traduit en français par inquiétante étrangeté] est ce qui est à la fois étrange et familier. Double et ambigu, il s’avère être un phénomène de « l’entre-deux », entre l’inconscient et le conscient, l’intime et le monde sensible, entre le présent et l’absent »3. Ici, tout se joue finalement sur le glissement progressif d’un état à un autre, mis en lumière par le passage du médium photographique à la vidéo.

Cheese! est le nom qu’Amélie Berrodier a donné à son exposition au Centre d’art Madeleine-Lambert, mais c’est aussi le titre de l’installation qu’elle présente. Ce terme, fréquemment employé par les photographes, est utilisé pour inciter le modèle à sourire. Le point d’exclamation est, quant à lui, utilisé pour marquer l’injonction : on donne l’ordre de sourire. Le musicien Stromae joue également de l’ambiguïté de l’expression cheese dans les paroles de son morceau éponyme. Comme l’explique Amélie Berrodier : « Il parle du sourire forcé et de ce qu’on impose à un enfant. Le mot cheese ou le fameux ouistiti rappelle aussi les sourires figés sur les photos de classe. » 4 Dans la salle d’exposition, la scénographie a été imaginée avec des éléments caractéristiques du cadre scolaire. Une série de huit séquences vidéo est ainsi projetée sur des tableaux d’école. Certains sont des tableaux verts, au fini mat, tandis que les tableaux Velleda donnent un aspect brillant aux images. Plus qu’un élément de scénographie lié à l’école, les projections sur ces différents tableaux fait une fois encore référence au médium photographique, notamment au rendu de certains papiers que l’on utilise pour le développement de pellicules.

Fascinée par les portraits filmés silencieux, Amélie Berrodier permet aux visiteurs de concentrer leurs regards sur des moments qui, habituellement, ne sont pas l’objet principal de notre attention. Les dispositifs et protocoles qu’elle emploie lui permettent de faire apparaître des émotions et des situations qui peuvent sembler décalées et qui sont, bien souvent, teintées d’humour. Le portrait animé devient familier, il confirme ou infirme l’impression première, enrichissant le spectre des récits. L’installation Cheese! convie les visiteurs aux spectacles d’un quotidien en suspens. Amélie Berrodier inscrit durablement ces captations filmées dans le temps et l’espace, et nous permet de porter un regard sur des instants d’expectative entre deux photographies.

1Christine Charpentier-Boude, La photo de classe – Palimpseste contemporain de l’institution scolaire, Paris, Editions L’Harmattan, 2009, p. 37.
2Ibid., p. 151.
3Müller Susanne, « Unheimlich » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 12 novembre 2018. Dernière modification le 12 novembre 2018. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/unheimlich. (Page consultée le 27 juillet 2020).
4Entretien avec Amélie Berrodier le jeudi 23 juillet 2020.

Emilie D’Ornano, Commissaire d’exposition, Texte de l’exposition Cheese!,
Espace Arts Plastiques Madeleine-Lambert – Centre d’art de Vénissieux – 2020

Amélie Berrodier réalise des films, des photographies et des installations au seuil de l’espace intime. De ses rencontres précipitées par différents protocoles (lettres, porte à porte, attente devant des portes-cochères) elle élabore des portraits en quête d’équilibre entre empathie et distance avec ses modèles. Les gestes du quotidien se prêtent aux jeux de la fiction, se cherchent devant l’attente face caméra entre contrôle de soi et lâcher prise.

Pour le lancement du cycle d’expositions Premiers rendez-vous, Amélie Berrodier présente Le Repas, une captation vidéo de 38 minutes dédiée au rassemblement de différents individus autour d’un déjeuner. Les actes et les rites qui émanent de cette situation partagée par les convives se révèlent par un protocole simple : ôter le verbe. Dans le silence ponctué par les cliquetis des couverts, les mimiques, les gestes mais aussi les sens retrouvent une place singulière. Les micro-mouvements qui les animent frayent un accès à l’écriture du monde de chacun.

Alys Demeure, Texte de l’exposition Premiers Rendez-Vous, Paris – 2019

Toucher à distance

« L’intrus s’introduit de force, par surprise ou par ruse, en tout cas sans droit ni sans avoir été d’abord admis. Il faut qu’il y ait de l’intrus dans l’étranger, sans quoi il perd de son étrangeté. »
Jean-Luc Nancy – L’Intrus (2010)

Les films, les photographies et les installations d’Amélie Berrodier touchent à une zone sensible, celle de l’espace privé, de la famille, de l’intime. L’artiste réalise des portraits comme Marguerite Duras a su les formuler par les mots : derrière son appareil, elle regarde avec soin, tout en trouvant un équilibre entre l’empathie et la distance. Elle prend le temps nécessaire. Elle analyse le langage, celui des mots, celui des corps, mais aussi celui du silence et de la simple présence. Le plus souvent, tout se joue dans un échange de regards. L’artiste attend un moment précis, celui durant lequel la personne filmée ou photographiée va cesser de contrôler son apparence, son comportement, son image. Un moment de léger basculement, entre le contrôle et le lâcher pris ; un moment de confiance, de relâchement et de détachement par rapport à une situation anormale. Depuis quelques années, Amélie Berrodier pense des protocoles artistiques, des dispositifs filmiques, des prétextes pour rencontrer des individus (intimes et/ou anonymes), pour mettre en œuvre leurs portraits. Ainsi, elle se poste devant les portes-cochères, envoie des lettres, filme les membres de sa famille ou entre directement chez des inconnus. Pour la réalisation de ces derniers projets, elle fait littéralement du porte-à-porte pour entrer dans les maisons et les appartements d’individus qu’elle ne connaît pas. Elle demande à réaliser un portrait, elle dispose son appareil et filme dans la foulée de la rencontre. Celle-ci se produit dans un espace-temps étrange où l’artiste et son appareil apparaissent tels des intrus dans l’espace privé de celui ou celle qui devient leur sujet. La rencontre engendre une situation cinématographique formée d’un décor, de l’artiste, de l’appareil, du sujet filmé et du spectateur.

Amélie Berrodier favorise les relations troublantes entre la machine et le sujet observé, entre le sujet et le regardeur, entre l’artiste et son sujet, entre la présence et l’absence, entre l’attention et le voyeurisme, entre le documentaire et la fiction (Portraits Filmés – 2016). Face à l’appareil, un reflex, la personne ne sait pas s’il s’agit d’un film ou d’un portrait photographique. Il existe ainsi un trouble dans son comportement, une hésitation entre l’attente induite par la situation et le désir de relâchement. D’autres œuvres se jouent du réel. Ce que nous voyons à l’écran n’est pas fatalement synonyme de vérité ou d’authenticité. L’artiste demande parfois aux individus filmés de rejouer une scène quotidienne : regarder la télévision, faire la cuisine, manger, bricoler dans l’atelier. En ce sens, ils deviennent les acteurs de leurs propres quotidiens, de leurs propres réalités (15.05.1960 – 2015). Evelyne Grossman écrit que l’art et la littérature nous initient à « ne plus avoir peur de la violence de nos pulsions, de nos sensations ; expérimenter, explorer, y aller voir d’un peu plus près, franchir les barrières du dégoût qu’érige le phobique. Plus encore : élargir le champ des perceptions et sensations de celui qui n’est plus seulement un spectateur ou un lecteur, le toucher à distance, augmenter son seuil de sensibilité : le rendre sensible à un imperceptible qu’il ne savait savoir discerner. »1

Selon les séries, l’artiste réalise des portraits fixes et silencieux qui génèrent un face à face, une présence imposée qui provoque différents sentiments allant de l’empathie au malaise, en passant par l’identification et l’indifférence. Son œuvre s’immisce dans les interstices de l’art, du documentaire et du cinéma pour avant tout penser la rencontre, la confrontation avec l’autre. Celle-ci, restituée par l’intermédiaire de scènes réelles, fictives, choisies, montées, donne lieu à une réflexion globale portant non seulement sur notre rapport à l’image, mais aussi à des problématiques d’ordre existentialiste telles que la communication, le corps, le temps, les injonctions sociales, la famille, le couple, la solitude ou encore le travail. Amélie Berrodier extrait du quotidien de chacun un portrait esthétique et sociologique d’une humanité sobre et ordinaire.

1 GROSSMAN, Evelyne. Éloge de l’Hypersensible. Paris : Les Éditions de Minuit, 2017, p.119.

Julie Crenn, Commissaire d’exposition – 2018

Artiste vidéaste, Amélie Berrodier (1992) élabore des dispositifs aux règles simples dont elle se sert pour révéler, avec l’apparente neutralité d’une approche documentaire, les différents usages d’une communication entre les êtres. En positionnant sa caméra à la frontière entre espace privé et espace public, elle interroge le territoire de chaque individu et la complexité des comportements qui fondent les relations aux autres.

La rencontre occupe également une place importante dans la pratique de l’artiste et lui permet de donner à voir des questionnements relatifs à l’existence au travers de personnalités.

Iman Ismail, Curator – 2017

Dans un monde hyper connecté, les notions d’intimité, d’identité, de vie privée, d’espace personnel ou public sont brouillées par le flux continu d’images…

Vidéaste et photographe, Amélie Berrodier opère à contre courant, et comme pour un « retour vers le banal », procède à des collectes dans le quotidien. Elle y sélectionne des figures et des « territoires » imperceptibles qui sont révélés par la sensibilité de son objectif…

Céline Ernest, médiatrice POLLEN (Monflanquin) – 2016

Amélie Berrodier est une jeune cinéaste et plasticienne. Animée d’une approche documentaire, elle s’attache principalement à la quotidienneté de la vie et à ce que l’on nomme souvent péjorativement « banalité » des choses. La friction qu’engendre le passage de la sphère privée à la sphère publique, première question du cinéma documentaire (qui filme l’intime pour le faire éclater publiquement), est au coeur de son travail.

Matthias Chouquer, directeur du cinéma Eldorado Dijon – 2016

PUBLICATIONS / PRESSE

2020

Expressions vénissieux, « Exposition Cheese! : les enfants font une pose »
Le Petit Bulletin, « Dernier tour de piste aux Halles du Faubourg »
Expression vénissieux, « Attention, ne bougeons plus… »
Expressions vénissieux, Photo de classe : « Un, deux, trois… ouistiti »

2019

Expressions vénissieux, Amélie Berrodier : ne bougeons plus
AC-RA, Résidence d’Amélie Berrodier – EAP Madelaine-Lambert
Ateliers Médicis, Amélie Berrodier
Méo-Camuzet, Prix de la Jeune Création Artistique 2019
Les Halles du Faubourg, Rencontre avec Amélie Berrodier
Alys Demeure, Le Bail – Amélie Berrodier

2018

Julie Crenn, Toucher à distance

2017

Le petit journal, Cannot Be Bo(a)rdered – Amélie Berrodier
Cannot Be Bo(a)rdered, Watchers
Rencontre cinématographiques de Laignes

2016

Sud Ouest, Deux artistes se dévoilent
Pollen, Amélie Berrodier